Everybody au Carreau du Temple fête le corps dans tous ses états, âges et envies. Avec Olivier Dubois, Lasseindra Ninja, La Sirène à barbe…

Everybody, pensez-le en deux mots : Tous les corps, même ceux qui n’apparaissent pas à la surface de la saison danse au Carreau du Temple. Car Everybody pêche en profondeur, là où tous les corps ont droit de cité et, par définition, ne peuvent pécher. « Il y a beaucoup de radicalité dans les propositions qui questionnent le corps d’aujourd’hui », constate Sandrina Martins, la directrice artistique et maîtresse des lieux. Et Everybody s’en veut le temps fort où au cours de cinq jours et nuits les spectacles, ateliers et bals sont naturellement ouverts à tous les corps, qu’ils aient vécu ou soif de vivre, qu’ils explosent ou implosent, que ce corps porte en lui la souffrance des ainés ou la mémoire de tous les spectacles créés et accumulés au cours d’une carrière.

Chaque édition d’Everybody offre au public sa dimension festive, nocturne et participative. Cette fois, un bal voguing enflammera la halle sous l’égide de la légendaire Mother Lasseindra Ninja Lanvin, incontournable égérie des nuits ballroom de Paname. D’autres soirées seront animées par le collectif La Créole, où les DJ naviguent entre techno et rythmes afro, latino ou caribéens. On associera à ce déluge d’énergie positive la collaboration entre la chorégraphe Lenio Kaklea et la compagnie Bodhi Project qui expose et interroge la confusion d’une jeunesse occidentale, prise entre les vertiges de la consommation, la quête de plaisirs et l’addiction aux endorphines artificielles. Il va de soi que ce Chemical Joy est joyeux, queer et sexy, osé, sensuel et plein d’autodérision. Si bien que Pour sortir au jour par le trépidant Olivier Dubois y aurait toute sa place. Gay, gros et grandiose, pas tout à fait nu pour autant, Dubois n’a pas peur du contact avec les spectateurs. Mais le sujet de son solo est son engagement dans la danse au cours de plusieurs décennies.

On note en effet une affluence de propositions qui partent de la mémoire du corps et de la traversée du temps. Myriam Soulanges, originaire de Guadeloupe, met en jeu son histoire familiale par le prisme de l’oppression patriarcale et coloniale. Douleur et fureur ! Et pendant ce temps, le body prend de l’âge… En Hongrie, trois pionnières de la danse moderne dans les années 1930 ont témoigné auprès de la jeune chorégraphe Boglárka Börcsök qui leur consacre un solo et une installation vidéo. Une mise en perspective du corps, de l’histoire, de la vie… Et soudain, Dieppe ! Où Martins découvrit La Sirène à Barbe, cabaret fondé par Nicolas Bellenchombre, un jour victime d’une violente agression homophobe. Hôpital et dépression, mais aussi une idée : Un personnage, Diva Béluga et l’ouverture d’une salle de spectacle ! Sa résilience est aussi spectaculaire que celle d’Alice Davazoglou, artiste trisomique connue du public depuis que Mickaël Phelippeau lui créa un solo sur mesure. Depuis, elle décréta qu’une artiste en situation de handicap mental doit pouvoir prendre les rênes d’une création. Et elle invita une brochette de chorégraphes très pointus à être ses interprètes. Everybody, le festival de tous les corps et tous les possibles…

Festival Everybody – Paris, Le Carreau du Temple – Du 14 au 18 février