Quand l’enchantement s’allie à la découverte : Zwirner expose Frank Walter. Et nous subjugue…

Récapituler ici, même à grands traits, les points d’inflexion et les caractères d’une vie débordante (qu’il s’agisse du simple déroulé de l’existence biographique, ou des voies insondables, enchevêtrées frayées dans les paysages intérieurs de la création), reviendrait à exhiber un moignon sanglant en lieu et place de celui qui, descendant en partie d’esclaves, fut planteur, penseur, Protée artistique, voyageur : l’Antiguais Frank Walter (1926-2009). Un mot suffira, que, contrairement à tant d’autres, lui n’usurpe pas : génie. Pauvre mot pour désigner la stupéfiante expansion des facultés humaines qui détermine et qu’autorise l’art !

Toutes d’expansion, telles sont bien les merveilleuses peintures de Frank Walter. Oh ! cette première salle ! On jurerait marcher au milieu de vestiges de Primitifs italiens, vous savez, ces bouts de fresque sur lesquels dansent et chutent les astres sur les dais célestes. On retiendra en particulier ce Centrifugal Sun Rockets : exubérance géométrique des rayonnements dorés. Plus loin, un mur tapissé de ces minuscules « peintures Polaroid » : vignettes de paysages exécutées sur des morceaux de boîtiers de films Polaroïd. Il y a du Staël, il y a du Munch, et dans l’infiniment petit du format une prodigieuse ampleur : voyez la succession des plans. Quant à cet extraordinaire Untitled (Red Sky with Black Pinnacles), ne vous semble-t-il pas que les formes, comme venues de loin, portaient – émoussées, érodées ou pâlies – la marque du long voyage qu’elles ont effectué pour nous arriver ?

Photo : Frank Walter, Untitled (Red Sky with Black Pinnacles), n.d. © Kenneth M. Milton Fine Arts, Courtesy Kenneth M. Milton Fine Arts and David Zwirner

Frank Walter, Moon Voyage, David Zwirner, du 10 janvier au 22 février.