Notre chroniqueur Frédéric Mercier accompagné de son confrère Christophe Chabert, signe la première partie de leur livre Steven Soderbergh, les années analogiques – volume 1. Magistral.

L’ouvrage de Frédéric Mercier et Christophe Chabert, Steven Soderbergh, les années analogiques – volume 1 (Marest, 2025) est une somme aussi foisonnante que stimulante à propos de ce cinéaste états-unien, largement négligé en France, voire carrément boudé. Le duo de critiques, qui croise le fer ensemble chez Positif, n’hésite pas à le positionner à la confluence de Spielberg, Godard et Resnais. Leur opus à quatre mains est à l’image de son sujet : vif, pléthorique et d’une énergie débordante.

Si Steven Soderbergh passe ses premières années de cinéaste à se chercher, le livre, lui, ausculte les multiples pistes tracées par un créateur protéiforme, perpétuellement en quête. Dès son premier long, sexe, mensonges et vidéos (1989), il se voit d‘emblée adoubé par la critique comme le public. Lucide et malicieux, il déclare en montant sur la scène du palais des festivals de Cannes : « J’imagine que maintenant je ne peux que redescendre. » Evidemment, après cette consécration précoce l’attente est colossale et, délibérément, il choisit de la contourner en poursuivant ses recherches au lieu d’être précisément là où on l’attend. Il enchaîne les films quasi expérimentaux (Kafka, Schizopolis) et les grands succès commerciaux (Erin Brockovich, Ocean’s Eleven). C’est que Soderbergh refuse d’être prisonnier d’un style ou d’une obsession pour s’affirmer cinéaste pluriel et frondeur.

Ocean’s Eleven (2002)

Chabert et Mercier, sans négliger le rapport compliqué de l‘homme au monde et aux autres, abordent son oeuvre par le prisme d‘une vie personnelle chaotique tout autant qu’en plongeant au coeur des films.  Intelligent et documenté, ce volume  n’oublie pas l’humour et les éditions Marest qui cultivent l’art de la petite phrase en quatrième de couverture ne s’y sont pas trompé en reprenant sa formule : « comme Staline, j’ai tendance à travailler en plans quinquennaux, mais avec moins de morts. »

A travers une galerie de personnages, Soderbergh façonne un nouveau type d’anti-héros qui tend à déconstruire les mythes hollywoodiens.Les auteurs dessinent le portrait d‘un touche-à-tout génial qui envisage aussi bien le scénario que la lumière et le montage ou encore la production aux côtés de George Clooney pour tout un pan du cinéma indépendant. Capable d’emprunter le nom de son père, Peter Andrews, pour s’attaquer à la photographie et celui de sa mère, Mary Ann Bernard, pour leur montage, il a toujours un coup d’avance. Steven Soderbergh est un fascinant caméléon.

On l’a dit l’ouvrage est une somme, une somme pour un cinéaste ambitieux qui vient tout juste d’ajouter à son tableau de chasse deux nouveaux longs métrages coup sur coup (Présence, en février, et The Insider en mars), ce qui amène sa liste à 37 longs et 4 courts sans compter les films pour la télévision, les séries, les expériences sur le net, les bonus DVD, les conférences, etc. Afin de suivre l’aventure Soderbergh au plus près, le duo Chabert et Mercier a donc divisé l’œuvre en deux volumes : « les années analogiques » d’un côté pour le volume 1 qui s’arrête au Che et « les années numériques » pour le volume 2 qui paraîtra chez Marest en fin d’année, le temps de digérer les deux nouveaux opus du Maestro.

Sous la plume alerte du duo de critiques, chaque film invite à une réflexion sur la façon dont il a été pensé, produit et conçu. Et c’est avec une générosité rare que Chabert et Mercier nous donnent à voir sous les mots les images d’un Soderbergh à redécouvrir d’urgence. Vivement la suite !

Steven Soderbergh, volume 1 – les années analogiques de Christophe Chabert et Frédéric Mercier (Marest), parution le 13 mars 2025